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dimanche 16 décembre 2012

Et maintenant ?

Quelques milliers de gens ont marché, ce week-end : ils demandaient à pouvoir se marier. D’aucuns le leur refusent, car tant de gens voulant sincèrement se marier, quand tant d’autres y renoncent ou divorcent, car tant de nouveaux mariés, disais-je, affaibliraient l’institution du mariage.

Quelques milliers de gens ont marché, ce week-end : ils demandaient à pouvoir signer au bas d’un parchemin, devant un officier d’état civil, à pouvoir signer disais-je un formulaire mettant l’État au milieu de leur couple. D’aucuns le leur refusent, car donner ce nouveau pouvoir à l’État déstructurerait la société.

Quelques milliers de gens ont marché, ce week-end : ils demandaient à pouvoir offrir à leurs enfants un cadre stable où grandir, où s’épanouir, où jouir de l’amour de leurs parents et, dût cet amour cesser, où n’en pas trop souffrir. D’aucuns le leur refusent, car assurer le bien-être de ces enfants serait contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant.

Et l’on ose dire que la France est le pays de la logique.

mardi 13 novembre 2012

Communiqué de presque

Malgré les messages rassurants de l’élite technocratique, les événements dramatiques de ces derniers mois prouvent une fois de plus l’impuissance mortifère des sachants. Loin des propos lénifiants d’autoproclamés spécialistes, ces désastres dont on ne peut encore mesurer l’ampleur ne montrent que trop combien la technologie promue par les experts n’est que trop fragile face aux forces de la Nature.

Les différents lobbies, technologistes et financiers, auront beau faire pour tourner en ridicule notre message, l’évidence et le bon sens sont têtus qui persistent à nous donner raison. De tout temps, l’Homme a été attiré par les contraires : Prométhée, par le feu ; Narcisse, par l’eau : deux désirs funestes. Depuis l’Atlantide, on voit bien que l’Homme, quelqu’égal qu’il se croie des dieux, ne sait pas et ne saura jamais vivre au bord de l’eau.

Nous exigeons en conséquence du gouvernement les mesures indispensables qui s’imposent à lui : primo, l’évacuation et l’abandon immédiats des villes de Marseille, Toulon et la Rochelle ; secundo, la délocalisation de Bordeaux à Auch et de Nantes à Limoges ; tertio, un plan crédible de sortie de l’humidité permettant, à horizon 2020, d’implanter 50% des Français au cœur du Sahara.

L’œil vengeur de nos enfants nous observe et nous oblige.

Lyon, le 13 novembre 2012.

dimanche 18 mars 2012

Étrange message

Les éboueurs lyonnais sont en grève, sauf ceux qui ne le sont pas, car il y a éboueur et éboueur : le Grand Lyon est un gros gâteau dont certaines miettes sont ramassées par des entreprises privées et les autres, par une régie publique. À la régie, Lyon et Villeurbanne, aux entreprises, la périphérie ; mais le Grand Lyon souhaite changer les parts de l'une et des autres, et c'est le conflit.

Les éboueurs de la régie publique refusent ce qu'ils voient comme une privatisation d'un service public, d'où grève. Le Grand Lyon, pour assurer la continuité du service public, a fait appel aux sociétés privées pour relayer la régie publique. Ce que voyant, les éboueurs publics ont bloqué les dépôts pour empêcher les éboueurs privés.

Et les poubelles de s'accumuler, sauf celles qui ne s'accumulent pas, car il y a poubelle et poubelle, on l'aura compris.

À service public, entreprise publique, nécessairement ? Je ne me risquerai pas à répondre, mais les grévistes pensent que oui. C'est pourquoi, comme on placerait sous coma artificiel un patient menacé, ils interrompent le service public pour mieux le sauver. L'intention est louable, mais le résultat est étrange qui voit les poubelles privées ramassées et les publiques délaissées.

dimanche 19 juin 2011

Sécheresse

Les blés ont soif, les bêtes ont faim, les hommes ont peur ; mais A. ne comprend pas. Le Rhône coule toujours, la Saône coule toujours, les robinets coulent toujours. Où est le problème ? En quoi cela la concerne-t-elle ? Pourquoi en parle-t-on autant ?

A. comprend tout à fait qu'on parle du moindre fait divers, en revanche. Elle raffole des histoires les plus sordides, des violences les plus sauvages, quand elles se finissent bien : quand les voyous sont exhibés menottes aux poignets, quand ils sont mis au ban de la société, et quand une loi opportune leur assure de ne jamais plus la réintégrer. Les bourgeois peuvent alors dormir du sommeil du juste, qu'ils peuplent de cauchemars où ils fantasment toutes les oppressions qu'ils ne subiront jamais. A. craint l'insécurité et aime la police qu'elle confond avec la justice. Quand le bus qui dessert son bureau passe sous ses fenêtres avant de traverser les banlieues aisées de Lyon, A. va travailler tous les jours en voiture, par peur des agressions.

Mais l'insécurité, ce ne sont que des voyous fantomatiques cachés derrière les piliers des stations de métro comme des loups dans une forêt. Le réchauffement climatique ? les discriminations ? les injustices ? Des foutaises dont on ne parle que trop, pour A. Voilà pourquoi elle ne comprends pas ces histoires de sécheresse.

P., d'un autre côté, connaît toutes les dates et toutes les températures. Il sait l'année où le Rhône a gelé, il se souvient des crues, il commémore les sécheresses. Il pourrait parler du monde paysan qui souffre, des prix du pain, des fruits et des légumes qui vont s'envoler, des famines qui vont s'abattre sur l’Afrique, mais A. serait-elle concernée ? P. trouve finalement ce qui pourrait la toucher :

Tu verras bien, quand tu ne pourras plus laver ta voiture, comme en soixante-seize.

samedi 16 avril 2011

Résumons

Nous allons donc abandonner le nucléaire car il cause un accident tous les vingt ans. Nous renonçons aux gaz et aux huiles de schiste car nous avons vu que les américains s'y prenaient mal. Nous voulons bien des éoliennes, mais pas dans notre vallée qu'elle dévisagerait, pas sur nos côtes qu'elles balafreraient, ni trop près de ma maison — il parait qu'elles font un bruit qui rend fou. Nous aimerions bien l'énergie hydraulique si les barrages ne déplaçaient pas villages et marmottes. Nous l'ignorons encore mais le solaire va nous inquiéter : comment va-t-on les recycler, ces panneaux enrichis au sélénium ? Nous nous vautrons dans le pétrole mais la culpabilité et la pénurie à venir nous pèsent.

Un conseil : investir dans une fabrique de bougie. Ah, mais non : et le réchauffement climatique !

Noir, alors.

lundi 21 février 2011

14 juillet 1789 : Rien

Les continents valent ce qu'ils valent : l'Arabie Saoudite, c'est l'Asie, mais ce n'est pas le Japon ; la Turquie, ce n'est pas l'Europe, mais on voit mal pourquoi. En Europe, même, les contrastes sont frappant. Certains, un peu fous, exigent des ministres exemplaires et refusent la moindre tache ; d'autres gardent leurs vieux politicards, marinés dans les affaires, confits dans les compromissions, trainant de vieilles casseroles, dans lesquels ils font les meilleures magouilles.

À lire ce blog, qu'apprend-on du monde ? Qu'il y a en France bien des sous-préfectures. Hors cela ? Rien.

On pourrait être pessimiste, voir là le déclin d'un vieux pays penché qui ne sait plus faire d'effort qu'autour de son nombril. Mais ces vieux pays en ont déjà tant dit : et le choc des civilisations, et le Sud qui allait se soulever contre le méchant capitalisme, et ces généraux seuls remparts contre l'islamisme... On en a tant lu, des conneries, qu'on hésite à en écrire.

Lisons, plutôt.

lundi 13 septembre 2010

Si, à quarante ans, tu n'as pas...

Sonnez synthétiseurs, résonnez trompettes : pression vérifiée, turbine activée, autopilote enclenché... Quelque part dans la Vallée de la Mort, un rocher de carton-pâte se creuse ; dans un rugissement mécanique, Supercopter décolle, fonce vers l'horizon, se dissout dans la lumière. Tant de technologie m'émerveillait : la cabine était pressurisée ; le gros bouton rouge passait en mode turbo ; un simple commutateur rendait l'hélicoptère complètement furtif. Je riais de ma naïveté passée : astéro-haches, cornofulgure, transmutation... Comment avais-je pu croire à ces bêtises !

Les filles de la classe étaient amoureuses de Stringfellow Hawke que jouait Jan-Michael Vincent. Je lui préférais la trogne de Santini. Je lui suis  resté fidèle : dans Les Septs Mercenaires, j'aperçois à peine Steve McQueen ; dans New York 1997, j'ignore presque Kurt Russel torse nu. Mais Ernest Borgnine...

Et puis il y avait Angel, qui me semblait l'incarnation de l'élégance : une limousine blanche dont la porte s'ouvrait, une cane blanche qui touchait le sol, puis un mocassin blanc, et il descendait, tout vêtu de blanc, un bandeau blanc sur l'œil. Je l'admirais tant qu'au collège le frère de Magalie Vidal, qui était plus vieux que nous, m'avait surnommé Blanche Neige et voulait me tabasser. Dans mes cauchemars prompts à virer au rêve, Hawke et Santini volaient (littéralement) à mon secours, tandis que, dans la cour de récréation, Céline et Coline prêtaient main forte à Magalie pour me protéger de ce butor.

Mon admiration pour Angel se heurtait pourtant à une limite : un détail, toujours, le ternissait. Sitôt descendu de voiture, il faisait signe à son escorte, une belle dame en blanc qui conduisait la limousine blanche. Elle ouvrait alors le coffre et en tirait une sorte de petite valise, de la taille d'une batterie de voiture, au sommet de laquelle trônait un combiné téléphonique. (Blanc, le combiné téléphonique.) Et Angel téléphonait à Supercopter.

Ce coup de téléphone, qui souvent pouvait sauver une vie, me le rendait un peu péteux, Angel : ce téléphone blanc, je le trouvais un peu tape-à-l'œil, pour tout dire. Sérieusement, qui de normal peut bien avoir besoin de téléphoner en sortant de voiture ? Était-ce tellement urgent qu'il ne pouvait pas marcher jusqu'à une cabine publique, comme tout le monde ?

Tout ceci m'est revenu en tête tout à l'heure, en raccrochant à la sortie du métro : j'ai trente ans, je n'ai pas de limousine blanche et je ne m'habille plus tout en blanc. Mais je suis, et mon ange est, et tous mes amis sont des péteux. Comme Angel.

jeudi 13 mai 2010

Commission moi-même

Sans penser à mal, je me suis auto-saisi : on ne me demandait rien, je mande, je mande. Je me suis réuni et je me suis concentré, par crainte de me disperser.

Comment résister ? Que de sujets offerts à la curiosité de Bouvard et que de questions à la sagacité de Pécuchet ! Les grands débats colorent les kiosques comme les bonbons d'un confiseur : on leur résiste encore, ils ont gagné d'avance, on leur cède enfin. Sur lequel se jeter ? Cette petite chose écœurante qu'on a barbouillée de rouge, de blanc et de bleu pour nous la faire acheter ? Cette boule puante emballée de noir qu'on n'a sortie d'un tiroir que pour incommoder les voisins ? Non, merci : ces douceurs un peu rances me donnent des aigreurs.

Aux débats électoralistes, préférons les questions électorales : un prochain séjour londonien m'a rappelé un certain proverbe local. When in Rome... Justement, mes hôtes se passionnent soudain pour le scrutin proportionnel. Plus qu'un débat, c'est pour eux une affection chronique, une allergie bénigne, un eczéma paisible : les crises surviennent tous les cinq à quinze ans, suite à l'exposition à un scrutin uninominal à un tour. Lorsqu'un proche se gratte, comment ne pas être démangé ?

C'est pourquoi, disais-je, je me suis auto-saisi. (Tout ceci n'était que l'introduction : annonçons enfin le propos, bâclons le développement, concluons rapidement.) Je me suis installé en commission, je me suis constitué en assemblée, bref je me suis appliqué la formule réglementaire appropriée : désigné président de la Commission moi-même, comme d'autres auparavant, je me suis chargé de réfléchir aux élections françaises. Afin d'éviter le reproche d'un manque d'ancrage dans un terroir fantasmé, la Commission s'est doublement saoulée avant d'entamer ses travaux : au Sancerre blanc, pour le terroir, et à la bière, pour l'ancrage.

Posons les deux extrêmes.

Le scrutin uninominal à un tour a le mérite de la clarté, comme la roulette russe : un candidat en réchappe, très légitime, très investi. On lui tape dans le dos entre le poissonnier et le primeur ; on lui dit qu'on a voté pour lui en lui serrant la main ; la larme à l'œil, on le regarde partir vers le boucher : c'est un bon petit gars du pays, derrière sa cravate, un gars comme nous. C'est son nom qu'il y avait sur le bulletin, c'est son nom qui l'a emporté. Les vaincus sont éliminés, sans chance de négociation, sans chance de compromis. C'est violent, expéditif et propre. Et, par conséquent, injuste : le premier peut l'emporter sur les suivants, quand la masse des perdants aurait suffi à écraser le vainqueur. Additionnez les circonscriptions, vous multiplierez l'injustice.

Pour la justice, préférez la proportionnelle : c'est l'héritière du forum antique. Le Parlement comme émanation de la Nation : un homme, une voix. Et toutes les voix comptent : les minorités sont enfin écoutées, les vertes comme les rouges, et les brunes aussi. Si la démographie ne l'empêchait pas, on pourrait envisager la démocratie parfaite. Un homme, une voix ? Un homme, un élu ! Ce serait, excusez le gallicisme, la chianlie : les petits accommodements, les contreparties, le consensus mou, le conservatisme, l'arrêt.

Un gras notable s'endort au milieu d'un matelas trop meuble : une certaine rondeur, une certaine mollesse, que mon esprit et mon ventre se partagent, me poussent souvent à l'entre-deux.

Faisons exception et écartons rapidement une solution médiane. Le vote proportionnel avec prime au gagnant ? Un optimal illusoire : les minorités sont représentées, certes, mais n'ont aucun pouvoir ; des majorités se dégagent, certes, mais insuffisantes pour éviter les marchandages. Les seuls gagnants sont les micro-partis qui aboient fort mais ne veulent pas mordre : un foulard rouge, une chemise brune, cela vous décore une assemblée, cela fait pittoresque, cela met un peu de vie. Il n'y a qu'à... il n'y a qu'à... hurlent-ils du banc du fond, près du radiateur : ils sont bien au chaud, à l'abri du gros temps, et n'ont rien à faire que vociférer. Il n'y a qu'à... Pas de vice-présidence, pas de responsabilité, rien : ils voudraient bien mais ne peuvent point, disent-ils à leurs électeurs. Ce qu'ils peuvent, cependant, c'est discrètement passer à la caisse et monnayer leurs voix. Les plus intransigeants se contentent de nuire. L'électeur se croit représenté comme le sauvage se croit riche : ils admirent le brillant de ces babioles colorées qu'on leur a accordées sans voir qu'elles ne sont que de verre.

Puisque rien ne va, la Commission peut exposer ses préconisations. C'est ce que produisent les Commissions, comme les huîtres des perles : de petites choses jolies quoique inutiles, qu'on exhibera un temps avant de les remettre au coffre pour ne pas les user. Quelle liberté ! On peut préconiser sans craindre l'erreur, avec la certitude que rien n'aura la moindre conséquence. Il n'y a qu'à... Préconisons, donc, le cœur léger. Préconisons, donc, sans plus attendre.

Attendu que le peuple demande à être entendu, à être consulté, à être représenté ; attendu que l'Assemblée Nationale devrait être l'émanation de la Nation ou, mieux, son miroir ; attendu que l'absence de soudards chauvins, de révolutionnaires impuissants et de gentils admirateurs des pires totalitaires, bref, que l'absence de certains partis gâche la ressemblance ; attendu que la Constitution accorde au Sénat et non à l'Assemblée Nationale le rôle de représenter les territoires ; attendu que l'élection des députés par circonscription encourage ceux-ci à renforcer leur ancrage local d'un mandat de maire qui les distrait de leur œuvre législative ; la Commission moi-même préconise que les députés soient désormais élus à la proportionnelle intégrale, sur des listes nationales, avec interdiction d'exercer en parallèle tout mandat local ou européen.

Attendu que la République a tout de même besoin d'être gouvernée ; attendu qu'une Assemblée Nationale élue à la proportionnelle serait instable et oscillante ; attendu que le mode d'élection actuel des sénateurs rend l'évolution de la Chambre Haute lente et mesurée ; attendu que le Sénat pèse comme le pied d'un culbuto ; attendu que les députés-maires répugneraient à lâcher leur ville comme la moule son rocher ; attendu qu'une transmutation massive de députés-maires en sénateurs-maires permettrait d'abaisser rapidement l'âge moyen des députés ; attendu que la démocratie aime le brassage et le renouvellement des élites ; la Commission moi-même préconise que les sénateurs continuent d'être élus comme ils le sont aujourd'hui, continuent d'être au Palais Bourbon et à l'Hôtel de Ville, continuent de vieillir et de peser.

Tant de lignes pour arriver à deux préconisations si mineures ? Certes, mais auraient-elles été plus majeures ou plus nombreuses qu'elles auraient aussi peu compté. Pourquoi, alors, se fouler ? Supportez cependant quelques mots de plus : une conclusion en forme d'ouverture.

Partie des élections britanniques, la Commission moi-même a pu réformer, modestement et inutilement, les élections françaises. À croire que nos ressemblances peuvent l'emporter sur nos spécificités, celles-ci n'étant que contingentes quand celles-là seraient plus essentielles. Pour résumer d'une formule : à différentes nations, identité de préoccupations. Sans doute y aurait-il une morale à tirer.

lundi 22 février 2010

Le haricot vert est-il une couche lavable ?

L'idéal, évidemment, serait de réfléchir avant d'écrire ; mais réfléchir a posteriori n'est certainement pas le pire des pis-aller. Commençons donc par un battage de coulpe en règle : mon billet précédent est doublement coupable.

Et d'un, je me suis clairement laissé aller au bobo-centrisme. La pomme était si belle que je l'ai croquée sans plus m'inquiéter : l'occasion jubilatoire de rechercher et de citer des termes un peu rares ; le parallèle tentant entre la pauvreté du vocabulaire du fast-food et l'immédiateté de cette nourriture, le labeur de la cuisine traditionnelle et le bouillonnement du dictionnaire ; le besoin d'un retour à la terre, d'un retour aux racines pour un jeune citadin d'origine rurale. Tout y était. Le résultat ? Il faut équeuter les haricots pour éviter la barbarie. Faiblard.

Comment ne pas discuter, au moins, de ce que l'effilage des haricots peut apparaître comme un luxe ? Pour n'avoir pas eu dernièrement à me poser la question, il me semble bien avoir lu que les fruits et légumes frais n'étaient plus à la portée des foyers les plus modestes. Mettons que cette objection m'ait été masquée par mes préjugés de classe (appelons cela comme cela), il y en avait une autre, bien plus proche de mon quotidien, que je suis impardonnable de n'avoir pas vue : l'équeutage des haricots est un loisir pour celui qui rentre raisonnablement frais d'une journée raisonnablement courte d'un travail raisonnablement épanouissant, pour celui sur lequel ne pèsent pas d'autres tâches ménagères que cet équeutage librement choisi, pour celui que l'urgence des attentes d'un conjoint amorphe ou d'enfants braillards ne contraint pas. N'est-ce pas un luxe exceptionnel d'avoir pour loisir ce qui, si facilement, pour d'autres, serait une corvée ?

On touche à ma deuxième faute : j'ai raté une occasion de parler d'Élisabeth Badinter. Elle est au centre d'une petite polémique pour avoir opposé écologie radicale et émancipation de la femme. Son argument : l'écologie fait le lit du naturalisme et, revenant sur les acquis du XXe siècle, tend à réduire la femme à la maternité. (Je résume d'après la presse, car j'avoue ne pas avoir lu Le Conflit.) L'exemple qui circule est celui des couches lavables et de l'allaitement naturel qui, de bonnes pratiques environnementales, deviennent des impératifs moraux puis des corvées auxquelles la femme se doit de se plier pour être une bonne mère, c'est-à-dire une bonne femme.

On reproche à Mme Badinter d'ignorer les nuances du mouvement écologiste et de considérer Mmes Kosciusko-Morizet ou Duflot comme des écologistes radicales. (Je peux gagner, à ce jeux-là : si ces dames sont radicales, j'ai parmi mes amis de véritables extrémistes.) Une radicalité aussi consensuelle peut certes faire sourire, mais ce serait passer à côté de la question.

Si l'on s'éloigne un instant du féminisme, auquel je ne peux guère apporter et que Mme Badinter défend très bien sans mon aide, on voit assez bien la ressemblance entre la couche lavable et le haricot. Deux pratiques, marginalisées par le progrès technique, que l'on promeut soudain au nom de la nature (ou, plus marginalement, de la lexicographie), en faisant fi de la contrainte, de l'asservissement qu'elles peuvent engendrer. Deux impératifs qui viennent rogner la liberté des plus faibles, discrètement, au nom d'une cause indiscutable devant laquelle tout doit s'effacer.

N'y a-t-il pas une voie moyenne entre la Cause des uns et la Liberté des autres ? Ou, formulé autrement, suis-je vraiment tenu d'adhérer à une AMAP, de rencontrer des paysans et de renoncer à choisir les haricots que j'effile ou que j'équeute ?

dimanche 4 mars 2007

Tensions internationnales

Et la marmotte, etc.

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vendredi 12 janvier 2007

La métrosexualité, ce douloureux problème

(Saynète guillerette.)

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lundi 27 février 2006

Politique ludique

Ça s'appelle jouer au con.

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mercredi 11 janvier 2006

Plume acide

Pour bloguer vite : copier-coller.

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mardi 3 janvier 2006

Le Monde et l'Ether

Dans le même bateau.

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lundi 28 novembre 2005

Vertiges de l'amitié

Je n'y comprends que pouic.

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dimanche 20 novembre 2005

Embullé

Où il n'est pourtant pas question des correspondances papales.

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mardi 18 octobre 2005

Prise de position

Rien à voir avec le Kama-Sutra, cependant.

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dimanche 9 octobre 2005

Digression

Gression.

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mardi 6 septembre 2005

Catastrophes annoncées

Surtout, ne paniquons pas.

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mercredi 31 août 2005

Blog day ?

Admettons.

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