mercredi 30 novembre 2011

Un jour je m'achèterai des Berluti

Pour mes 20 ans, ma mère m’a offert une jolie paire de chaussures italiennes. Je la porte régulièrement depuis. J’y suis très attaché.

Ce sont des souliers de forme richelieu, les plus simples : les lacets referment directement la partie haute de la chaussure, l’empeigne. Les deux morceaux de cuir carmin patiné qui en font la forme, j’en suis les courbes et bosses comme on touche un morceau de bois poli. Ils sont restés doux malgré les dix années de pliures, tensions et contorsions dans tous les sens que la marche leur fait subir. Les coutures des bords sont fines et solides. La jointure du cuir au semelage est toujours en parfait état. Je n’ai eu qu’à passer chez un cordonnier faire ressemeler (deux fois) et retalonner (une fois) chaque soulier. Les lacets s’usent mais je n’ai pas eu encore à les changer. Cela ne saurait tarder.

J'adore ces chaussures pour le confort qu'elles procurent, parce que c'est un cadeau dont on se souvient, pour l’absence de couture sur l'empeigne, aussi : une petite au talon, une autre à la voûte plantaire et tout est dit.

Je ne peux m'empêcher de penser, quand je les vois, à la Paire de souliers de Van Gogh, quoique je ne dépeigne pas les miens aussi bien que lui les siens ; les miens ne sont pas aussi pittoresques, mais ils dureront sûrement autant : je compte bien continuer de les porter pendant dix ans encore au moins et je sais qu'ils tiendront.

C'est le paradoxe des souliers italiens (ou appelez-le comme vous voulez) : l'achat initial était cher, 260 euros dans mon souvenir, mais rapporté à la durée d'usage aucune paire ne tient la comparaison.

dimanche 20 février 2011

Bouger, manger

Aujourd'hui, je me suis remis au sport. Un torticolis léger et intermittent m'avait fourni une bonne excuse pour m'avachir sur le canapé et manger des Pringles. Le torticolis parti, j'ai attendu une petite semaine, par précaution. Il m'a bien fallu admettre, ce matin, que toute douleur, toute raideur, tout inconfort avaient disparu.

Cet après-midi, donc, je me suis remis au sport. J'ai soulevé de la fonte et du caoutchouc moulé. Je me suis mis dans des positions ridicules. J'ai vérifié par la fenêtre que personne ne me voyait. J'ai été consciencieux : trois séries de huit répétitions, deux minutes entre chaque, comme il est écrit. Vous en avez rêvé, la méthode Lafay : ce n'est plus du sport, c'est une bataille navale ou une liste de vitamines. Les exercices s'appellent A1, B3 et K2. Je les confonds tous ; je me muscle les doigts en tournant les pages à leur recherche.

Ça a l'air scientifique, et cela fonctionne : sitôt la séance commencée, on sent fondre en soi ce qui nous encombrait. Cela s'était accumulé, en deux semaines. Cela me pesait, le matin à la pesée. Quelques pompes seulement et on la sent fondre, cette maudite culpabilité.

La bonne conscience est un muscle qui ne demande qu'à être fortifié. Tous ces exercices lui font des merveilles : perchée sur votre épaule, comme un petit Superman, elle tabasse l'angelot rachitique qui essayait de s'y poser. C'était la modération, elle prend une raclée. Vous vous versez une bière, vous vous servez du chou, vous entamez votre saucisse de Montbéliard.

Ce sport m'a fait du bien. Je me sens tout léger.

mardi 2 février 2010

Je me suis vendu au Grand Capital

L'Auvergne s'étant vue délaisser par ici, ces derniers temps, évoquons deux de ses enfants les plus illustres : Pascal et moi. (George Clooney viendra dans un second temps.)

Je me sens obligé de me justifier, tout à coup. Si, Pascal est illustre : il est de ces très rares philosophes incontestables dont la gloire est telle qu'un prénom leur suffit. Pascal, comme on dit Alain ou Socrate. (Même si Alain ne s'appelait pas Alain et que plus personne ne s'appelle plus Socrate.) Mais pas comme Pascal Obispo, par exemple.

Par ailleurs, Pascal est bien auvergnat : la porte de sa maison se trouve dans le jardin Lecoq à Clermont-Ferrand ; elle donne sur le petit pont qui franchit le bassin aux canards. Si la géographie et l'ornithologie ne suffisent pas, reste la preuve par Vialatte :

Pascal aimait tellement l'Auvergne qu'il naquit à Clermont-Ferrand.

L'Auvergne absolue, éd. Julliard, p. 107.

La littérature et les canards s'accordant, je tiens pour acquis que Pascal est un Auvergnat illustre. Mon cas est hélas plus douteux. Je ne me suis illustré que par l'honneur qui m'est fait de vous avoir pour lecteur. Et, avouons-le, je ne suis qu'un Auvergnat exogène : j'ai germé dans le Berry, on m'a rempoté dans la pouzzolane, je n'ai poussé qu'ensuite à l'ombre du Puy de Dôme. Je ne me réclame de l'Auvergne que pour attirer l'indulgence de Pascal, pour adoucir son jugement. Car, à travers les siècles, il me juge et me jauge ; son regard sombre comme la pierre de Volvic pèse sur moi.

Nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre, et nous disposant toujours à être heureux il est inévitable que nous ne le soyons jamais.

Certes, mes études n'étaient qu'un passe-temps qui ne m'occupait qu'entre deux répétitions ou deux chapitres à écrire. Ma voie était tracée : je serais romancier-comédien. Je suis ingénieur et je n'ai pas mis les pieds dans un théâtre depuis cinq ans. Mais mon travail n'est qu'un gagne pain qui me nourrit entre deux chapitres à écrire... Qui essayé-je de convaincre ? Qui trompé-je encore ? Ouvrons les yeux. Je n'écris pratiquement plus : je réduis des coûts, j'améliore des performances, je rends possible le difficilement faisable. Ce qui n'est pas rien, mais je n'écris pas.

Dans In the Air, J.K. Simmons est Bob, un employé lambda d'une entreprise anonyme. Costume-cravate, air respectable, établi ; mais il n'y travaille qu'en attendant de vivre sa passion, d'ouvrir son restaurant, d'oser, dit-il depuis au moins quinze ans. Dans In the Air, toujours, George Clooney liste les choses qui nous lestent et nous empêchent d'avancer : toutes ces babioles qu'on achète, qu'on accumule ou qu'on se voit offrir. Toutes ces choses dont l'attachement rend chaque jour plus difficile de franchir le pas.

J'ai depuis une grosse semaine un nouvel ordinateur professionnel. Écran de 17 pouces, coque en acier brossé, un bel objet ; un objet aguicheur, un objet flatteur, un objet flagorneur. Ce modèle s'appelle EliteBook...

Faut-il y voir un signe ? Ce billet est le premier depuis qu'on m'a offert ce nouveau jouet : une semaine sans écrire, une pause dans la laborieuse résurrection de ce blog. Il y a sans doute un choix à faire : céder à l'EliteBook flambant neuf ou dompter ce vieux portable qui me sert à bloguer et dont la touche "a" ne fonctionne plus ? Ne pas choisir serait déjà un choix.

À voir.

mercredi 30 décembre 2009

Dieu, Woody Allen et moi

Une de mes amies disait de ma vie qu'elle ressemblait à celle d'Indiana Jones. Ma maladresse et mes exagérations faisant, mes moindres faits et gestes lui semblaient relever du dressage de fauve, du combat acharné ou de la cascade vertigineuse. Un trottoir à grimper, je trébuchais, roulade avant, je me redressais. La grammaire souffrait au passage, mais soudain le thème du héros résonnait : tadata ta ta da ! Voilà comment Géraldine imaginait ma vie : entrecoupée de coups de fouet et entrelardée d'aventures.

Une autre perspective, maintenant. Julian Barnes écrit, dans Nothing to be frightened of, que la vie n'est pas telle qu'on la raconte dans les romans, pleine de péripéties, d'inattendus et de choses intéressantes. Selon lui, la vie est plus répétitive qu'une symphonie de Bruckner. (Je cite de mémoire.) La comparaison est ingénieuse, mais elle me semble injuste et incomplète. Les répétitions de Bruckner sont infiniment variées, comme celles de Schubert. Et, surtout, elles débouchent toujours, à la fin des fins, sur une apothéose : une fanfare grandiose, les portes célestes entrouvertes, la lumière enfin. Exactement ce dont parle Julian Barnes pour en déplorer l'absence : je peux admettre que les symphonies de Bruckner se répètent (légèrement), si Barnes reconnaît qu'elles sont mieux achevées que la vie. Ce qui n'invaliderait d'ailleurs pas son propos (mais arrangerait bien le mien).

Thèse, antithèse, foutaise : permettez-moi de fournir une voie moyenne. Je ne parviens pas à voir ma vie comme une suite ininterrompue de riens inintéressants ; pas plus que je ne la traverse comme un héros affronte un wagon plein d'ennemis. Je vis ma vie, modestement, tranquillement, comme une comédie de Woody Allen : il ne s'y passe pas grand chose, mais tout y est prétexte à humiliation. Humiliation, le mot est fort : une humiliation serait déjà une aventure, alors qu'il ne s'agit justement que je lisser les aventures en les ridiculisant et de relever le quotidien en me ridiculisant. Disons que je traverse ma vie en me cognant aux murs, en titubant vers les toilettes, en trébuchant sur des cailloux.

Tout ceci m'a frappé en lisant l'autobiographie d'Edmund White, My Lives. En y regardant d'assez loin, nous avons la même vie : deux homosexuels, qui ont dû accepter leur nature et qui vivent leur vie du mieux qu'ils peuvent. Oh ! évidemment, il y a moins de gigolos, moins d'amants et moins de glamour de mon côté que du sien. Mais les grandes lignes sont les mêmes : un coming out, des femmes dont les pleurs reprochent le cœur brisé, des déclarations plus ou moins couronnées de succès. Mais quand tout, chez White, ramène à ce destin avec lequel il lutte depuis soixante ans (et qui surgit dès le premier paragraphe de son livre), tout pour moi m'apparaît rétrospectivement comme risible. Mon coming out ? Échappé par inadvertance, enfermé dans une voiture avec un chien pétomane et son maître soulagé de me voir autrement qu'asexué. Mes conquêtes féminines ? Anne, au collège, jouant les amantes bafouées, pleurant, hurlant, giflant, tandis que, stupéfait des effets de mon charme inattendu, je m'enfermais dans le mutisme. Ma déclaration la plus brillante ? Bafouillante, par téléphone, inopportune, à Romain, coincé dans un train, qui ne pouvait répondre que par SMS.

Je comprends finalement ces jeunes footballeurs qui se commandent une autobiographie dès leurs trente ans. C'est un exercice que l'on devrait faire régulièrement, pour guetter les changements de ton : aujourd'hui comique et détaché, mais demain ? Comme White, trouverai-je une ligne directrice qui me dictera mon premier paragraphe ? Ou, comme Barnes, ne verrai-je plus que des petits riens qui m'amuseront moins que la mort ne m'effraiera ?

(Plus inquiétant, encore : y aura-t-il encore quelqu'un pour la lire ?)

lundi 4 août 2008

Oui, et ?

(Page blanche.)

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dimanche 15 juillet 2007

Petite chose

Annonce publique. 

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mardi 6 mars 2007

Courrier du cœur

CERFA ? vous avez dit CERFA ?

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dimanche 18 février 2007

Les trois cloches

Bom, bom, bom. (Air connu)

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mardi 9 janvier 2007

État d'avancement

Je suis dans un état avancé de fatigue : j'ai les genoux qui tremblent et les abdominaux qui spasment, les triceps en compote et les biceps en gelée ; les deltoïdes endoloris et les fessiers ramollis. Et l'on s'étonne, après, que les gens ne tiennent pas leurs résolutions annuelles ?...

jeudi 4 janvier 2007

La Marche de l'Empereur

Rien avoir avec les Autruches. (Jeu de mots de saison)

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mardi 7 novembre 2006

Exégèse

En résumé, je suis un dragon.

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dimanche 18 juin 2006

Appel à contributions

Contribution ? Contribution ? - Oui, c'est moi.

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lundi 22 mai 2006

Soudain, la révélation !

Je m'épate moi-même.

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vendredi 12 mai 2006

Grand malade

La prochaine fois, tu prendras l'bus.

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vendredi 17 février 2006

La couleur de la folie

Où l'on cite un grand penseur du XXe siècle.

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lundi 6 février 2006

Continence de supermarché

Mari de marin, caisse fantôme et pantalon de l'amour.

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lundi 9 janvier 2006

Fast blog

Inspiré par Jacques Drillon, un peu. Et par mon ange, beaucoup.

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jeudi 3 novembre 2005

La vie en rose

(Histoire vaseuse.)

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jeudi 13 octobre 2005

Sado-masochisme

Je n'ai pourtant rien d'un canard sauvage.

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mardi 20 septembre 2005

Romantisme échevelé

Ta barbe, on dirait la modélisation d'un champ de vecteurs... [Silence dubitatif] Tu sais, d'une équation différentielle.

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