Carnet de voyage › Sous-préfectures et assimilées

Fil des billets - Fil des commentaires

jeudi 10 janvier 2019

Le rondel de Vierzon

 

« J’ai fantaisie de met’ dans not’ vie un petit grain de fantaisie, youpi, youpi ! »
(Boby Lapointe)

Lire la suite...

mercredi 9 janvier 2019

Le tour de Provins

 

Sextine.

Lire la suite...

mardi 8 janvier 2019

Paray-le-Monial

À Paray-le-Monial on n’aura pas aussi bien mangé qu’à Autun, où Les Remparts est l’archétype du bon restaurant de province qui propose des plats simples, plutôt copieux, avec une prétention gastronomique mais des prix modiques. On n’aura pas vu la totalité de l’intérieur de la basilique, car un office s’y déroulait et on ne déambule pas pendant les offices. On aura vu le musée du Hiéron, charmant petit musée d’art sacré ouvert et gratuit pendant les fêtes, refait à neuf, dans une maison dessinée en 1890 par l’architecte Noël Bion et pourvue de belles charpentes métalliques apparentes pour soutenir plafonds et toitures (quatre ou cinq salles pour les collections permanentes au rez-de-chaussée, l’équivalent pour une exposition temporaire au sous-sol ; un bel endroit). On aura vu la poste et ses mosaïques Art déco, l’hôtel de ville Renaissance, les belles maisons du centre, mais on aura surtout déjeuné en surplomb des rives de la Bourbince, dans un lieu dont je tairai le nom qui évoque un jeu de mots de coiffeur.

Ce restaurant avec vue oblique sur la basilique affichait fièrement des plats faits maison, d’ailleurs les touristes et le tout-Paray (pas encore le tout-Paris) s’y étaient réfugiés, fuyant les nombreuses pizzerias qui voudraient attirer le chaland perdu. On y a bu une sympathique rareté, vue depuis Lyon. Car si à Lyon le pichet de vin blanc que l’on trouve usuellement dans les bars et restaurants est le pot (46 cl) de mâcon, vous n’y trouverez jamais de mâcon rouge. Du côtes-du-rhône, du crozes-hermitage, du saint-joseph, oui, parfois d’autres appellations moins courantes, mais de mâcon rouge en pot je n’ai jamais vu. Étonnant. Je ne vois pas d’explication logique : les caves ou coopératives qui fournissent les restaurateurs lyonnais en mâcon blanc pourraient aussi bien fournir du vin rouge, sans qu’il y ait de différence de prix significative avec les vins habituels, et Mâcon est même plus proche de Tain-l’Hermitage qui inonde Lyon avec les vins rouges précités. Cela changerait du sempiternel « pot de côtes » qui n’est clairement pas ce que l’on boit de meilleur à Lyon.

Pour un peu on aurait repris un petit verre avant de partir de Paray, mais point trop n’en faut ; et l’on conduisait.

lundi 7 janvier 2019

Clamecy

Le centre ville de Clamecy comporte nombre de maisons à colombages anciennes dont les jaunes, bleus et rouges sont parfois osés. La collégiale saint-Martin affirme ses fins traits gothiques triomphants, et la tour unique commencée en 1497 et achevée quelques années plus tard semble une version réduite de la Tour saint-Jacques parisienne, qu’elle précède d’une vingtaine d’années.

On n’avait pas soif, non, on venait directement de Château-Chinon qui n’est qu’à une heure de route. On aurait pourtant pu trouver de quoi boire à Clamecy : nous y sommes passés un dimanche après-midi mais plusieurs commerces étaient ouverts. Si j’étais déloyal, j’écrirais que cela en remontre aux Château-chinonais, je leur recommanderais d’en prendre de la graine. Mais je ne suis pas si vil, et puis le gentilé de Château-Chinon n’est pas suffisamment exotique à mon goût pour qu’on insiste (Castel-canidés en aurait jeté tout de même un peu plus, mais on ne m’a pas consulté) ; enfin, qui serais-je pour exiger qu’une commune de 2000 habitants offre ce qu’une ville deux fois plus peuplée propose ? Non, toute capitale du Haut-Morvan qu’elle est, Château-Chinon ne demande pas tant d’acharnement.

On n’a donc rien bu mais on a vu Clamecy. En regagnant notre voiture garée hors du centre le long de l’Yonne, nous avons prêté attention un instant à l’église Notre-Dame de Bethléem, désaffectée depuis de nombreuses années mais qui se visite apparemment lors des journées du patrimoine. Cet édifice étonnant, avec ses coupoles lui donnant un aspect oriental, est due à l’architecte Georges Théodore Renaud et date de 1926. Dommage qu’on n’ait pas pu entrer ! D’après l’écriteau placé devant l’entrée nous avions sous les yeux la troisième plus ancienne église de France entièrement en béton. La plus ancienne est sans doute l’église du Raincy, d’Auguste Perret (construite en 1923), mais quelle est la deuxième ? Après d’intenses recherches, je ne sais toujours pas. On la trouvera peut-être au cours d’un prochain voyage, sans se rappeler qu’on la cherchait ; il faut avoir confiance en la sérendipité sous-préfectorale.

dimanche 6 janvier 2019

Étampes

La route de Seine-et-Marne à Orléans peut passer par Étampes. Cela faisait des années que je n’y étais venu, depuis le temps de l’enfance où ma mère avait une collègue qui y habitait et que j’ai vue une ou deux fois ; le caractère sous-préfectoral de la ville était tout indiqué pour un arrêt.

La ville est dotée d’un patrimoine architectural et religieux important, résultat de sa longue histoire ; on y verra notamment trois belles églises en plein centre ville, dont Saint-Gilles en rénovation, bien étayée. Plusieurs édifices de la fin du Moyen Âge et du début de la Renaissance attendent aussi le touriste amateur de belle pierre.

Mais nous avons eu froid à Étampes et les nombreux lieux fermés ont pressé notre visite. La recherche d’un café fut accélérée par le besoin d’un peu de chaleur et les contingences physiologiques. Le rade où nous atterrîmes était bondé et en tous points typique. Moyenne d’âge 55 ans, essentiellement des messieurs, plusieurs avec un ballon de blanc au comptoir. Il devait être 11h30, jusque là rien que de bien classique. Peu de voix haussées, nous étions lendemain de fête, mais une chaude conversation emplissait la salle tout en longueur de l’établissement. On allait finir nos cafés lorsque Robert s’adressa un peu fort à Germaine, attablée de l’autre côté de l’allée centrale du bistro, avec un regard gourmand dont on ne savait trop s’il était de simple envie ou d’imbibition :

Ce qu’il faudrait qu’on essaie, c’est la Suze royale. J’ai vu ça l’autre jour, t’en a déjà bu ?

Germaine répondit par la négative, le cafetier n’en avait pas et l’échange tourna court. Robert rentra les épaules dans son manteau et se réfugia dans la torpeur de ses pensées. Ainsi va la gloire du soiffard.

samedi 5 janvier 2019

Château-Chinon

Château-Chinon a beau être la capitale du Haut-Morvan, c’est une petite sous-préfecture d’un peu plus de 2000 habitants (ce qui en fait l’une des moins peuplées de France) malgré tout assez déshéritée. Oh, bien sûr, nous la vîmes un pluvieux dimanche 23 décembre, et quelle ville de France de 2000 habitants peut s’enorgueillir d’arborer une joie de vivre à toute épreuve et à la vue des touristes égarés, un dimanche gris d’hiver ? Peu, et malheureusement pas Château-Chinon.

Mais… qu’on y regarde de plus près. On y trouve l’hôtel du Vieux Morvan, site historique ; un musée du Septennat, un musée des arts et traditions populaires du Morvan que nous n’avons pas pris le temps de visiter. L’hôtel de ville est maintenant sis dans l’ancien palais de justice, mignonnet avec ses quatre colonnes et sa façade de poche. Retournez-vous et admirez la fontaine de Tinguely-Saint Phalle, modèle réduit de celle qui se trouve à côté du Centre Pompidou parisien, tentative colorée d’égayer la poste hideuse (des années 1980) aux pieds de laquelle elle est placée. Nous nous sommes écartés de l’hypercentre, revenons dans ses deux ou trois rues un moment. Plusieurs locaux commerciaux sont délaissés, mais quelques belles maisons essaient de donner le change, dont celles de la Caisse d’épargne et de la sous-préfecture, édifices fin XIXe typiques. La sous-préfecture, objet de notre arrêt dans la commune, occupe à elle seule un îlot trapézoïdal. Le bâtiment s’impose fièrement en grosse bâtisse bourgeoiso-administrative, avec ses pierres de taille blanchies à la chaux soulignant les fenêtres et arêtes des murs extérieurs, son mur élevé entourant la cour devant l’entrée, son portail décoré de part et d’autre de nombreux petits drapeaux français, prévenant le visiteur qu’il entre dans un haut lieu de l’État.

Alors, on trouve encore à redire ? Devant le bistro où l’on s’est arrêté boire un demi, l’un des trois ouverts ce jour-là dans la rue principale de la ville, Claudine [le prénom a été modifié afin de préserver l’anonymat, ndlr] arrangeait une jardinière. Elle nous a gentiment annoncé qu’elle pouvait nous servir, malgré l’absence évidente de clients et de lumière dans son établissement. Pourtant, je ne comprends pas, à cette heure-ci des gens viennent prendre l’apéro, nous a-t-elle rassurés de son accent nivernais chaloupé. Nous restâmes seuls une bonne demi-heure avant de repartir sous le crachin morvandiau, souhaitant à notre hôte de bonnes fêtes et réciproquement. Claudine, vos géraniums et Château-Chinon retrouveront un peu de sève au printemps ! Si l’auteur l’avait vue en cette saison, il aurait peut-être critiqué moins vertement cette grosse bourgade perdue dans les forêts.

samedi 29 décembre 2018

Le centre de la France : quelques sous-préfectures et assimilées

Celles qu’on peut ne pas voir : Chateau-Chinon, Gueugnon, Melun, Vierzon, Pithiviers.

Celles qu’on peut voir à la rigueur : Digoin, Joigny, Villeneuve-sur-Yonne, Étampes, Saint-Amand-Montrond.

Celles qu’on peut voir : Paray-le-Monial, Autun, Clamecy, Auxerre, Sens, Provins, Issoire, Thiers.

vendredi 24 juillet 2015

Lunéville

Il est midi passé et le château brille comme un lingot. Lunéville : le Versailles lorrain où le roi Stanislas de Pologne tenait cour. C’était il y a bien longtemps : il est midi passé et le château est fermé. Revenir après quatorze heures. Alors on cherche l’ombre dans les jardins, magnifiques jardins à la française, avec des pièces d’eau et des fontaines tourbillonnantes, mi-versaillaises, mi-lorraines. Stanislas y avait fait construire des folies qui faisaient l’admiration de toutes les cours d’Europe. C’était il y a bien longtemps : les folies ont disparu, ne restent que deux colonnes sous un marronnier.

On va voir l’église Saint-Jacques dont la silhouette baroque attire l’œil de loin. Il est midi passé : le Seigneur casse la croûte, sa maison est fermée. Revenir à quatorze heures. Alors on visite la ville, déserte ; on passe devant les vitrines de ces magasins qui n’existent plus que dans les villes moyennes de province : une modiste qui n’habille que les femmes, un coiffeur qui propose des coupes sans shampooing, une mercerie peut-être. Il est midi passé, les boutiques sont fermées.

On passe quelques places écrasées de soleil. On serait en Provence, il y aurait des cigales et des vieux anisés qui joueraient à la pétanque. À Thionville, même, où nous étions la veille, les places étaient couvertes de terrasses. Un monsieur momifié et barbu y prenait un demi avec son fils et un gros moustachu confit dans l’alcool ; il menaçait régulièrement le gamin très sage — Tchieu ! tiens-toi bien ou t’en prends une. T’la vois, ma main ? — et impatientait son copain — Bois-la don’, qu’on en r’prenne une, j’ai soif.

Mais on est à Lunéville : pas de cigale, pas de vieux, un bistrot de loin en loin. On en choisit un, pas trop miteux, pour attendre quatorze heures, l’église et le château.

Une camionnette déboule, se gare sur le trottoir, percute un siège de la terrasse, heureusement inoccupé. Le chauffeur en descend et file dans le bar, en ressort peu après, démarre aussitôt. Le patron s’amuse que l’employé municipal ait couru aux toilettes sans rien consommer ; un habitué lui suggère de se plaindre à la mairie, oh, non, c’est Roger, il reviendra à la fin de sa tournée.  En guise de cigales, des guêpes tournent autour des verres.

Quatorze heures approchent, on repart vers l’église qui, justement, nous appelle d’une volée de cloches. À mesure qu’on approche, les coups lourds du bourdon nous font douter : ne serait-ce pas un glas ? Sur le parvis, les robes noires, les costumes gris, le corbillard le confirment. Il est quatorze heures, mais nous ne verrons jamais l’église. Le château, alors ? Il a brulé il y a une douzaine d’années, on n’en visite que quelques salles restaurées, les cuisines, un escalier.

Il est quatorze heures passées et le temps tourne à l’orage. Les commerçants retournent à leurs affaires, sans se presser : la modiste, le coiffeur, peut-être une mercière. Nous quittons Lunéville.

jeudi 23 juillet 2015

Langres

Ayant bien soupesé la masse d’a priori qui écrase la petite cité, nous en fîmes fi : hier, nous étions à Langres.

Langres est une ville d’à peine 8000 habitants, sous-préfecture (on n’a même pas vu le bâtiment), où l’on comprend immédiatement pourquoi il fait froid. Alors qu’il faisait une chaleur caniculaire dans la vallée, une fois monté sur l’éperon où se situe la ville on ne frôlait plus que les vingt-trois degrés. Beaucoup de vent. Ceci posé, et le fait que la Seine prend supposément sa source en son plateau (alors que ça doit être au bas mot à plus de 60 kilomètres à vol d’oiseau), nous pouvons entrer dans le vif du sujet : Langres est magnifique.

J’entends : comparée à Avalon, à Vesoul, à Vierzon ! Ne demandez pas à une petite sous-préfecture française d’avoir les agréments d’une ville grandiose comme Munich, où nous étions quelques jours auparavant.

Langres est toute pimpante enrobée dans la pierre de taille, avec sa pléthore de maisons et bâtiments du dix-septième, sa cathédrale et son orgue du même ou du suivant, et ses remparts de plusieurs kilomètres qui ceignent la ville haute. On en a fait le tour, c’est assez rigolo : tous les 100 mètres ou presque, vous tombez sur un panneau vous racontant l’histoire de la tour fortifiée que vous avez sous les yeux. La tour a parfois été rasée, il n’en reste que le contour, mais il est monument historique tout de même. D’ailleurs, combien y en a-t-il, de monuments historiques à Langres, 20, 30 ? L’architecture y est reine, la moindre maison semble du style le plus austère et le plus pur, celui des hôtels particuliers du Marais à Paris. L’essentiel date d’entre 1600 et 1650, avec un peu de médiéval, là une cour renaissance, ici une horreur 1996 qui a échappé à l’architecte des bâtiments de France. (Il devait être à Chaumont-sur-Marne pour une expertise lors de la pose du toit de verre hideux.)

Diderot, l’enfant du pays, est présent un peu partout. Oh, on l’a assez vu alors je n’en parlerai pas. La gare dans la vallée était jusqu’en 1971 reliée à la ville haute par un train à crémaillère du plus bel effet, avec son viaduc à soi seul. Trop cher, mon fils ! alors l’exploitation en a été arrêtée. Comme un lointain souvenir de ce qui était en 1887 le premier train à crémaillère de France, la ville a fait installer un drôle d’engin, mi-ascenceur mi-train à câble, qui mène d’un parking sous les remparts jusqu’au chemin de ronde. La chose brinqueballe un peu, on n’est pas rassuré une fois dedans, mais Fabrice et moi l’avons emprunté pour descendre. On se bidonnait comme des imbéciles dans ce petit véhicule où l’on ne tenait probablement pas à plus de quatre personnes, mais qui devait bien grimper ses 50 mètres de dénivelé en ballotant de droite et de gauche sur tout le trajet. Que voulez-vous, il faut savoir rendre hommage aux beaux ouvrages de l’esprit humain.

mercredi 23 avril 2014

Sens

L’attente était grande et Sens a déçu nos espoirs d’humour sous-préfectoral. Pas le moindre commerce dont on puisse sourire gentiment à la vue du nom : pas de Aux Cinq Sens (restaurant, boulangerie ?), pas de Sens-i-Tif (coiffeur) ni de Sensations (activités de plein air), pas d’EfferveSens (caviste)… Sous ses airs sans façon, Sens gardait simplement son sérieux. Sens nous semblait restée sur son quant-à-soi, préservant ses secrets dans les petites sentes de son centre-ville, jusqu’à ce que l’on aille dîner au restaurant de l’Hôtel de Lyon et du marché. Nous assistâmes en ces lieux à un spectacle édifiant.

Deux jeunes gens aisés, d’une petite quarantaine d’années, prirent place à la table derrière nous. Madame et Monsieur étaient vignerons ou négociants en vins. Ils se sont raconté leurs vies à haute voix, n’ayant peur de rien et déballant tout. À l’apéritif, ils ont tenté d’en remontrer au sommelier à propos de ratafia, lui qui pourtant savait visiblement de quoi il parlait et qui se bornait, pour sa défense, à la stricte lecture de l’étiquette. À l’entrée, la méprise sur la couleur du Sancerre a failli faire tourner en boucle la conversation pour le restant du repas. Au plat émergea du tréfonds de ces âmes dignes de Machiavel le sujet de débat dont, semble-t-il, chacun repoussait jusque-là la survenue. Monsieur pontifiait avec condescendance à propos de tout ce que disait Madame, qui se lança après s’être esbaudi de la beauté du homard qu’on venait de lui servir : il fallait garder la maison Jacquot et racheter la maison de la grand-mère. Madame aurait aimé pouvoir la transmettre aux enfants. Et puis, la maison a la plus belle cave de Saint-Bris-le-Vineux, qui communique avec les caves voisines si on tombe les murs !

Les deux leitmotive du reste du dîner étaient lâchés. L’échange ne porta plus que sur la maison Jacquot et sur le rachat de la maison familiale. La nécessité d’aller voir la grand-mère dès le lendemain parut pressante, ils devaient impérieusement obtenir d’elle un accord sur la vente escomptée. À quelques verres de vin près, ils allaient dévoiler de quels moyens peu orthodoxes ils useraient pour contraindre l’aïeule de céder à leurs volontés. Monsieur ne cessait de renchérir sur les plans de Madame, avec un côté veille France et paternaliste mâtiné de l’aisance de qui n’aura jamais besoin de gagner au loto.

Chabrol n’aurait eu qu’à poser une caméra dans un coin et filmer la scène.

Nous ne saurons jamais si la grand-mère a consenti.

mercredi 16 avril 2014

Etre jeune à Avallon

Comment découvre-t-on le monde, jeune, dans une petite ville moyenne de province ? Question récurrente lorsqu’on fait le tour des sous-préfectures, et qu’on a soi-même grandi dans une agglomération de dix millions d’habitants. On s’imagine qu’il doit être difficile d’y explorer son homosexualité, qui passe en premier lieu par la rencontre avec ses semblables, par le contact avec le différent de la norme.

On marche dans le centre d’Avallon, un peu plus de 7 000 habitants, avec ce genre de pensées en tête. C’est dimanche, qui plus est jour de Carnavallon, mais on croise peu de passants. Vauban trône quasi seul en sa place, au bout de la promenade, entre magasins fermés et brasseries aux vérandas bordeaux oubliées.

On cherche un endroit où manger, on s’arrête dans une gargote qui annonce fièrement Produits frais sur toutes les ardoises. Le joli patron est manifestement confraternel, son copain est à l’une des tables et l’on ne tarde pas à voir s’asseoir à la table de derrière trois potes de 25—30 ans, charmants, du même cru.

Le repas fut bon. Le spectacle de la conversation voisine a pour un temps mis de côté les interrogations sociologiques.

dimanche 13 avril 2014

Chalon-sur-Saône

La dernière fois que j’avais visité Chalon-sur-Saône, c’était ma grand-tante Léone qui nous guidait. J’en avais gardé le souvenir d’une ville féerique où prince et manants vivaient heureux au bord de la rivière. C’est que Dominique Perben, alors maire, était ministre du gouvernement de monsieur Balladur. La fierté de ma grand-tante Léone m’avait impressionné lorsqu’elle nous avait montré sa maison : ministre du gouvernement de monsieur Balladur.

Qu’un ministre puisse être voisin d’un membre de ma famille, fût-ce ma grand-tante Léone, qui détonnait parmi mes collatéraux campagnards, avec sa crinière blanche, ses manières bourgeoises et son appartement sur la Côte d’Azur, qu’un ministre puisse croiser ma grand-tante au marché, c’était d’un merveilleux qui avait rejailli sur la ville.

Vingt ans plus tard, je craignais la déception : les années ont passé, Dominique Perben n’était pas un prince charmant, ma grand-tante Léone n’est plus. Je n’ai pas su reconnaître la maison du ministre, je n’ai pour tout dire rien reconnu de Chalon. Pourtant, ce dimanche, la ville m’est apparue vivante, coquette et joyeuse. Exactement comme l’était, il me semble, ma grand-tante.

jeudi 20 février 2014

Soixante heures en Finlande

La ville moyenne de Pori, sur la côte ouest de la Finlande, arbore ostensiblement les appas de la sous-préfectoralité.

90 000 habitants, un aéroport minuscule dont les espaces de départs, d’arrivées, de zone contrôlée et de loueurs de voitures tiennent dans une unique pièce, quelques bâtiments emblématiques de style néoclassique (mairie, musée, usine peut-être reconvertie), un centre-ville moderne tristounet selon un plan en damier. Je n’ai trouvé d’autre restaurant que celui de l’hôtel qu’avec difficulté mais j’ai compté trois cinémas avec les dernières nouveautés à l’affiche, une salle où joue l’orchestre de chambre de la ville, et de nombreux bars. De quoi passer les soirées d’hiver.

Les quelques Finlandais rencontrés sont chaleureux, plus ouverts qu’on a pu me les dire ; ils parlent tous ou presque le suédois (langue officielle du pays avec le finnois), l’allemand, ainsi qu’un Oxford English charmant. Quoi de plus agréable ?

La grande route qui longe la côte ouest est l’équivalent d’une de nos modestes départementales, avec des limitations à 80 et souvent à 60 km/h qui allongent encore les distances. Olkiluoto, ma destination de travail pour deux jours successifs, est un lieu-dit où l’on ne trouve que quelques maisons au fond d’une presqu’île, avec la centrale nucléaire du même nom qui fait face à la mer à son extrême pointe. Les plates étendues de sapins mêlées de hautes herbes, les bras de mers gelés qui s’y engouffrent doucement se dévoilent le matin amollis par les brumes, ajoutant à la désolation de l’ensemble. Une fin d’après-midi j’aperçus deux cygnes qui avançaient prudemment puis se mirent à tenter un battement d’ailes, pour s’envoler peut-être ? J’entendais déjà monter dans le silence le mouvement lent de la cinquième symphonie de Sibelius, et sa longue ligne mélodique qui ne finit pas.

mercredi 4 décembre 2013

Fontainebleau

Hasard : je suis amené à me déplacer, en ce moment, à quelques kilomètres d’où ont habité mes grands-parents et arrière-grands-parents, et où j’ai passé nombre de week-ends et semaines de vacances, enfant.

C’est à côté de Fontainebleau, sous-préfecture de Seine-et-Marne.

Fontainebleau est une ville moyenne, mais on la dit la plus vaste d’Île-de-France ; le bénéfice de la forêt probablement. Ville d’histoire, bourgeoise, dont le centre piéton et commerçant est très agréable à arpenter. Les rois ont séjourné en son château dès Philippe le Bel, Napoléon y a tenu sa cour. J’ai parcouru son parc qui vaut bien celui de Versailles, admiré les grandes pièces d’eau ; j’y ai nourri les carpes de morceaux de pain sec, enfant.

Fontainebleau a sa forêt, dont certains chemins sont noirs de monde le dimanche ; je me cachais dans les grands trous de son sol sableux, j’en ramenais des glands et des morceaux de bois, collections essentielles, enfant.

Fontainebleau avait son marché couvert, sous une halle, gracile nappe de béton et de pavés de verre, œuvre de Nicolas Esquillan (ingénieur, né à Fontainebleau, qui a notamment conçu la voûte du CNIT à La Défense). Fontainebleau devrait avoir honte de l’avoir laissée démolir, elle qui témoignait, par contraste, des sombres années 1940 par l’élégance sobre de sa ligne ; elle qui avait la beauté, les faveurs des Bellifontains et qui remplissait exactement sa fonction. Je détestais aller au marché le dimanche matin, mais j’aimais déjà beaucoup cette halle grise et translucide, soucoupe volante qui se posait légèrement sur ses petits pieds, enfant.

samedi 14 septembre 2013

Autun

Ne pas savoir choisir entre la mort et la vie, aspirer à l’une quand on est prisonnier de l’autre, tenir son demi-charme d’une rigidité morbide mêlée de vitalité molle : que de points communs l’on peut trouver, à peine imbibé, entre les sous-préfectures et les vampires… Ainsi Autun.

Une table et des chaises peintes en vert, comme dans les jardins publics parisiens, mais si loin de Paris, de son agitation et de sa foule, une table et des chaises peintes en vert, tranquilles à l’ombre des platanes, les pieds dans un gravier blanc que rien ne dérange. Les arbres tracent une promenade, haute et large, comme une nef de cathédrale que nul promeneur ne viendrait profaner. Au bord, un parapet de pierre blanche sépare de la place en contrebas : la place centrale que bordent un théâtre, une Caisse d’épargne, une mairie, que sais-je ? peut-être un Crédit lyonnais, qui n’intéressent personne : tous sont fermés, il est midi, la place est vide, hors les deux vieux qui jouent aux boules.

Sur la table peinte en vert, d’un vert passé qui s’écaille, sur la table, deux demis : il fait si chaud que les verres suent et les gouttes en caressent les courbes. Sous ce soleil, tout est lent. Quelque part sur un tronc, perdue si au nord, une unique cigale chante en vain, sans plus trop y croire ni trop insister : toutes les trente secondes, une alarme l’interrompt, dans l’indifférence totale. Est-ce la Caisse d’épargne ou le Crédit lyonnais ? Les vieux disputent le point, la cigale attend patiemment, personne ne s’inquiète : à quatorze heures, le rideau métallique se lèvera devant la police municipale ; si l’alarme sonne toujours, il sera bien temps de s’affoler.

Les deux demis suent, on en boit une gorgée et l’on se prend à rêver. Cette subsistance anachronique, endormie autour de cette place, cet art de vivre immobile, que ne les redécouvre-t-on ? Le bonheur est là, sans doute, entre ce bistrot et la partie de boules, et ne demande qu’à être réveillé. Comment le faire connaître ? Hors les deux touristes, à demi assoupis face à leurs bières tiédies, ce ne sont que petits vieux courbés et petites vieilles racornies — comment attirer la jeunesse ?

Est-ce la bière, le soleil ou le génie ? Une idée vient soudain. On imagine un pèlerinage d’adolescents enthousiastes et la ville se réveillant : les cris aigus des demoiselles, les vocalises rauques des messieurs essayant leurs voix neuves ; les bars où les habitués délaissent le petit blanc de huit heures pour le diabolo grenadine ; les pharmacies écartant de leur vitrine les déambulateurs pour les réclames antiacnéiques. Un pèlerinage d’adolescents que leur passion du moment aurait menés ici : cette passion nosphératique pour les êtres de la nuit, les vampires et les loups garous.

Car il y a, à Autun, un monument aux morts incongru : un ange funèbre, aussi ailé que musclé, enlace un soldat nu, moins ailé mais pas moins musclé, et l’embrasse, ou le mord, dans le cou. Cette allégorie, comme toutes les allégories, a dû faire sens, un jour, lorsqu’elle a fécondé l’esprit de l’artiste. (Ce devait être une de ces nuits étouffantes où l’on se réveille surpris d’être seul, mais enlacé de ses draps dont une moiteur suspecte empêche de se dégager.) Cette allégorie a dû faire sens, un jour, il y a longtemps, mais elle n’évoque plus guère que les mièvreries adolescentes au clair de lune ou l’art homoérotique le plus vulgaire.

On imagine ce pèlerinage de jeunes filles en fleurs et de garçons sensibles, observant cette poignante étreinte, se promenant sur la promenade, prenant place sur la place. Leurs gloussements, leurs soupirs, leurs râles chasseraient les vieux boulistes, intimideraient la cigale mais réveilleraient la ville.

Le cauchemar se dissipe, l’alarme sur la place cède à nouveau la scène à la cigale, un des deux vieux pointe et dégomme le cochonnet. Autun serait-elle toujours Autun, une fois réveillée ?

lundi 9 septembre 2013

Forcalquier

Je me souviens de Forcalquier, qu’un collègue visite assidument ces temps-ci pour œuvrer sur un proche barrage. Il y a de cela plusieurs années, sur un coup de tête, un week-end prolongé où Lyon était déserté de nos amis, on partait gaiment dans le coin de Forcalquier.

Forcalquier a tous les dehors de la grâce sous-préfectorale : une concathédrale (l’évêque était aussi à Sisteron), un carillon au sommet de sa butte, près des ruines du château, un grand marché provençal, une magnifique petite maison de pierre très troisième république qui fait office de sous-préfecture (sans ce genre de bâtisse, pas de grâce sous-préfectorale, Toul devrait en prendre de la graine), et un endormissement plus que probable aux environs de novembre.

Repenser à Forcalquier aujourd’hui m’évoque par ricochet, avec un peu de mélancolie, le petit cimetière de Murviel-lès-Béziers où l’on a mis les pieds il y a quelques semaines. À Murviel, alors, je pensais entre autres aux haies d’ifs taillés du cimetière de Forcalquier, jardin remarquable, dont les loges pratiquées dans les arbres pour y caser des tombes sont plutôt émouvantes. À Murviel ce sont ces petites structures en fer forgé qui tiennent parfois lieu de pierre tombale, apparemment typiques de la région, qui donnent une bonne part de son charme au lieu.

À rebours du cimetière de Bruxelles, superbe parc avec ses arbres somptueux, ses massifs plantés, ses intimes sous-bois de mousse qu’il faut avoir vus une fois sous la pluie, le cimetière de Forcalquier tient plutôt du jardin à française. Les symétries, l’art topiaire à tous les coins d’allées, les pelouses impeccables et les vues dérobées lui confèrent cette digne élégance un rien austère.

Murviel, Bruxelles, Forcalquier : trilogie de cimetières certes, et pourtant trilogie de souvenirs de jours heureux.

dimanche 17 février 2013

Un week-end strasbourgeois

Une île sur l'Ill

Une île sur l’Ill

 

Les grues de Malraux

Les grues de Malraux

 

L'escalier des Galeries Lafayette

L’escalier des Galeries Lafayette

 

La passerelle Mimram  La passerelle Mimram

La passerelle Mimram

 

Kehl

Kehl

 

La Petite France

La Petite France

dimanche 19 août 2012

Brèves d'une mission en Chine - 9

Dimanche 19 août

Taishan, ou la sous-préfectoralité à la chinoise

Selon wikipedia, la ville aurait un bon million d’habitants plutôt que les 200 000 que tout le monde m’a annoncés. Quoiqu’il en soit, dissocier une ville chinoise de son agglomération n’est pas facile, a fortiori pour un européen, alors on n’est pas à quelques centaines de mille près. Tout au plus parvient-on à identifier un centre (ou des centres pour une ville de la taille de Shenzhen). Ce qui frappe ici, comme à Hong Kong ou à Shenzhen, c’est le nombre de magasins. Il y en a littéralement partout. Impossible de comparer à une ville européenne sur ce plan : le centre ville de Taishan, c’est un peu comme si tous les immeubles sans exception entre Perrache et la place des terreaux avaient un magasin, une petite échoppe ou un vendeur de légumes ambulant à leur pied. Dans le centre ville, un lac et quelques bars sympathiques autour, un hôpital, deux hôtels luxueux à l’occidentale et bien sûr de nombreuses galeries commerçantes peignent le tableau d’une ville qui se veut moderne, qui se modernise.

Les postes de police m’ont irrémédiablement évoqué nos gendarmeries, pourtant en France plutôt à la sortie des petites villes ; la petitesse, le style des bâtiments, laid, étant d’une étonnante proximité avec ceux de chez nous. Dans les rues principales, de nombreux immeubles d’un étage, assez délabrés, aux façades avec pignon façon saloon du far west (je ne sais pas dire autrement), m’ont paru typiques. Manquent les dizaines de tours d’habitations de 200 m de haut façon Shenzhen ou Canton, les entreprises, et peut-être l’intérêt touristique pour que Taishan puisse prétendre accéder au statut de grande ville.

vendredi 13 avril 2012

Saint-Flour

Cela a failli passer inaperçu, cela confine à l’anecdotique, mais pourquoi le taire ? Dimanche dernier, à l’heure où certains se trouvaient à quelques milliers de kilomètres de là, et où d’autres auraient préféré région plus clémente météorologiquement parlant, nous fûmes à Saint-Flour.

Saint-Flour, petite ville charmante et humide du Cantal presque profond, est en ligne droite au sud de Clermont-Ferrand, avant Montpellier, avant Millau, perdue dans les hauteurs des plateaux de la région. Ce qui explique pourquoi on doit ne pas s’y arrêter. Et pourtant le Cantal est peu peuplé, la ville doit malgré tout être un centre d’attraction car elle est suffisamment loin des pôles régionaux voisins : Clermont, Aurillac, Millau sont chacun à plus d’une heure de route. Saint-Flour illustre le paradoxe des centres perdus.

L’embêtant de Saint-Flour, c’est que la ville est coupée en deux, un morceau au sommet de la colline et un autre au pied ; son avantage, c’est qu’on y mange du tripoux, même si c’est dans des hôtels de campagne d’un autre temps. A part ça, une cathédrale, aux tours trop larges pour leur hauteur ; de belles bâtisses renaissance en pierre noire ; un bâtiment du tribunal d’instance qui comprend à la fois un cinéma, un local CGT, peut-être une salle des fêtes, que dis-je, possiblement une salle polyvalente. Splendeur et resserrement des petites villes. Quitte à y vivre, on trouvera choix déraisonnable de coiffeurs, indubitable caractéristique de la ville de classe sous-préfectorale. Saint-Flour des rêves, Saint-Flour des esprits, tu nous as fait tourner la tête, mais comme la bière locale à la châtaigne : mollement.

jeudi 26 janvier 2012

Cherbourg-Octeville

Trois heures de train depuis Paris, avec quelques trous perdus sur le chemin : Lison, Carentan, Valognes, et l'on arrive à Cherbourg. Au-delà, la mer. On attendait la pluie et le froid ; il faisait pourtant nettement plus chaud qu'à Lyon et Paris mardi en début de soirée.

Cherbourg n'est pas bien jolie ; les deux probablement bons restaurants autour de la mairie sont bondés sûrement pour cette raison et la perspective de manger un kebab dans l'un des six que compte la rue de notre hôtel n'est pas vraiment réjouissante.

La maison du Cotentin rustique et grandiose, toute de schiste clair avec grosses pierres en granite plus foncé pour les linteaux et pour les montants de portes et de fenêtres, toit de pierres bleues (ardoise), est peu représentée en centre ville. Il faut parcourir les routes de campagne pour trouver ces villages magnifiques où toutes les maisons ou presque sont traditionnelles, et où les jardins sont si verts qu'on les dirait peints. Une collègue a trouvé une ressemblance avec l'Ecosse. A Cherbourg, sous-préfecture de la Manche et plus grosse ville du département, l'habitat pavillonnaire est de style paté en croute et les immeubles de style HLM de banlieue de province.

Alors la mer, la rade, les sous-marins ? Si l'avant-rade est vaste, les abords en sont plutôt désolés (un seul bar d'ouvert sur les quelques qu'on délaisse) ; mais tout cela doit vivre la journée. On fuit tôt vers Flamanville : on n'aura pas eu l'occasion de voir la vie grouiller de par le débardage des bateaux, ni la ruée des habitants vers la criée où auraient été vendus les beaux fruits des pêches nocturnes ou la joie des équipages des transmanches qui repartiraient vers Portsmouth ou Poole ; non, on ne s'enflamme pas, Cherbourg semble bien plus endormie. Simenon a dû y faire se dérouler un Maigret, on ne voit pas comment il en serait autrement au vu des petites rues pavées peu rassurantes quand la nuit s'avance, avec en toile de fond ces dizaines de crécelles lugubres, les cris des mouettes venant de partout et de nulle part.

La vue d'un beau cotre arrimé le long d'un quai, la coque de bois verni — j'aurais juré que c'était de l'acajou si j'avais été certain qu'on en fît des bateaux — est venue éclairer la fin de la soirée, lors du retour vers l'hôtel. Il avait nom Jours de ma jeunesse, peint sur la poupe en petites lettres jaune poussin. Ceux de Cherbourg semblaient loin.

- page 1 de 2