vendredi 13 avril 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (7)

 

Pour terminer en beauté

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mardi 10 avril 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (6)

 

Période contemporaine

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samedi 7 avril 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (5)

 

Verre teinté et parements

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mercredi 4 avril 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (4)

 

Les seventies, ce n’est pas que le disco

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dimanche 1 avril 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (3)

 

Art déco et années 1990

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jeudi 29 mars 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (2)

 

Béton et préfabrication, mes beaux soucis

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lundi 26 mars 2018

Balade dans le quartier de la Part-Dieu (1)

 

Une pensée pour mes parents architectes

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mardi 7 juin 2016

Un Paris - Lyon

 

Récit.

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mardi 17 mai 2016

Une semaine marrakchie

J’ai appris à jouer au Backgammon. J’ai marché dans les souks sous une pluie battante (rare). J’ai bu un verre dans deux palaces magnifiques. J’ai lu deux Balzac, un peu de Néruda, feuilleté en détail cinq ou six guides et un livre sur l’architecture Art Déco de Casablanca. J’ai marché dans des villages aussi pauvres que des villages chinois parmi les plus déshérités. J’ai vu le désert et la montagne, le calme et l’agitation. J’ai observé des stucs, des bois sculptés, des zelliges par dizaines. J’ai entendu ma belle-mère cinquante fois arguer qu’elle était Marrakchie, lorsqu’abordée dans la rue (sans succès). J’ai croisé des gens humbles ou adorables ; je n’ai croisé ni Pierre Bergé ni Jack Lang.

J’ai vu mon père pendant une semaine, ce qui ne m’était pas arrivé depuis quinze ans.

dimanche 1 mai 2016

Une semaine creusoise

 

Déclaration d’amitié (bis).

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dimanche 31 mai 2015

Hier, je suis passé à la Dent du Chat

Enfin, 200 mètres au-dessus.

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dimanche 30 novembre 2014

Quatre jours à Paris

Deux jours de travail, deux jours de week-end.

Je n’ai jamais habité Paris, mais dans la proche banlieue. J’y suis resté jusqu’à mes vingt ans, avant de venir à Lyon. Mes parents, mes grands-parents, y ont habité : les XIIe, XIXe, XXe arrondissements ; ma grand-mère Madeleine y vit toujours dans le même appartement, depuis plus de soixante ans. Ils y ont travaillé, j’y ai passé des heures, dans plein de quartiers. Alors c’est tout comme si j’étais parisien moi aussi ; je me suis toujours senti bien dans cette ville. Comme chez moi.

Lorsque j’avais une voiture il y a encore quelques années, je reproduisais les habitudes maternelles. Je roulais sans plan, je me garais dans les coins gratuits mais centraux ou dans ceux où l’on trouve facilement des places, derrière les ministères, près de la rue du faubourg Saint Honoré. Où chez les grands-parents paternels, rue de la voûte.

Aujourd’hui je viens en touriste, et à pied. Le plaisir de la déambulation, des brasseries, des trottoirs, des squares, des coins perdus, des noms de rue poétiques, est intact et ne changera jamais.

J’essaie de mettre les pieds dans les arrondissements que je ne connais pas. La dernière fois nous avons marché dans les XIIIe et XIVe, il faudra y revenir pour dénicher d’autres endroits cachés, les petites maisons, les églises, les îlots commerçants inattendus qui surgissent au détour des rues.

J’aime découvrir des musées où je ne suis jamais allé. Je vous citerais peut-être quarante ou cinquante musées parisiens où je suis entré : nous en voyions un chaque mercredi après-midi lorsque j’étais enfant, avec Alix et sa mère, dont de nombreux confidentiels ou anecdotiques. Je n’avais jamais vu le musée d’art moderne de la ville de Paris jusqu’à hier. Chose faite, avec une magnifique exposition Sonia Delaunay. (Les collections permanentes sont aussi impressionnantes.)

Tropisme naturel, je reviens toujours dans les mêmes quartiers : le Marais et l’île Saint-Louis dont j’aime les hôtels particuliers classiques, le VIIIe entre les Champs-Élysées et l’opéra, les librairies et les étudiants du quartier latin et de Saint-Germain, tout les XIIe et XIXe. que je connais assez bien. J’ignore tout ou presque de certains autres : les XIVe, XVe et XVIe arrondissements.

Lundi et mardi soirs particulièrement, je pensais à Simenon, Modiano et Balzac, et à ce que la ville représente pour moi. Je trainais encore dans les rues à en admirer les beautés, à plus de minuit.

mercredi 12 novembre 2014

Notes d'un automne londonien

La passion qu’ont les anglais pour les panneaux d’avertissement : cyclistes, ne doublez pas ce camion par la gauche ; attention, sol mouillé ; ne vous asseyez pas sur le mur, chute vertigineuse de l’autre côté. (Traductions de l’auteur.) Dans les toilettes de la Tate Modern, superbe centrale thermique magnifiquement réhabilitée, des gamins s’inquiètent des lavabos : Very hot water, very hot water, very hot water, hot water: come here!

Les chaînes de restauration londoniennes : Prêt À Manger, Le Pain Quotidien, Pâtisserie Valérie, Café Rouge, Paul. (En français dans le texte.)

Les toilettes publiques, incroyablement luxueuses, des parcs et jardins, avec ces chasses d’eau formidables : la cuvette est creusée de telle sorte que deux jets en font le tour pour se rejoindre à l’extrémité, tandis qu’un troisième très directif attaque directement la céramique. Comment croire qu’un peuple aussi avancé tarde à adopter, sans parler du mitigeur, au moins le mélangeur ? Dans la plupart des pubs, un robinet d’eau bouillante, un robinet d’eau glacée. Un mouvement habile des mains évite brûlures et engelures.

Ce disquaire de Soho où nous allons à chaque séjour et à qui, systématiquement, j’achète un disque de Leopold Stokowski : je me présente à la caisse, il me sourit et me salue, je lui tends mes disques, il voit le nom de Stokowski, cesse de sourire, me fait payer, et quitte la caisse sans me saluer.

Le complexe lié à mon anglais parlé, depuis que j’ai dû épeler un titre (Where is my cow?) à Alfred, un libraire philadelphien, pour qu’il finisse par me comprendre. La communication avec les commerçants anglais, comme la pédagogie : répéter de plus en plus fort et de plus en plus lentement, jusqu’à ce qu’on se comprenne. Une lueur d’espoir : en rentrant à Lyon, la serveuse de la pizzeria à côté de chez moi ne m’a pas compris non plus lorsque j’ai commandé mon dessert.

À Londres comme en France, le signe international de l’addition : gribouiller dans sa main avec un stylo imaginaire.

dimanche 7 septembre 2014

Le vol de l'année

Samedi 6 septembre. Nous sommes à près de midi au déco(llage) du col de l’Épine, au-dessus du lac d’Aiguebelette.

Surprise, il n’y a personne, très étonnant pour un samedi alors que les conditions sont apparemment idéales : légère brise qui remonte jusqu’à nous, et vent d’ouest modéré (autour de 10 km/h de vent au maximum en altitude). Je me prépare, je décolle, et je ne fais qu’un plouf de 15 petites minutes. Après quelques virages en huit, je constatai que ça ne tenait vraiment pas. Le spécialiste météo du club avait pourtant bien dit que le meilleur de la journée pour ce site était autour de 15h - 17h. Une fois posé, je dus bien me rendre à l’évidence : il avait raison et cela expliquait ma solitude au moment de l’envol.

Une fois restaurés, on remonte, 13h30 au déco. Le site tient maintenant des Champs Elysées, ce qui est plus habituel pour un jour de week-end. Je retrouve une forte délégation du club, 12 personnes qui vont s’élancer entre les biplaces et les écoles. Fabrice redescend patienter au belvédère. Je traine un peu, puis je m’étale et démêle mes suspentes, une fois qu’une place s’est libérée. Cela va finalement assez vite, les décollages s’enchaînent. Je dois m’élancer à mon tour aux alentours de 14h15 ou 14h30.

J’étale ma voile à l’endroit favorable (en plein milieu), je relève à peine les bras que l’aile se gonfle aidée par le vent qui a forci. Un beau thermique juste devant le déco me fait un ascenseur de 50 mètres alors que je n’ai pas eu besoin de faire un seul pas pour partir. J’ai déjà le sourire aux lèvres, ça s’annonce chouette.

Virage à droite, j’essaie de gratter le relief en allant vers le relais du Chat. Il y a plein d’ailes en l’air, il n’y a qu’à regarder où les autres montent et les rejoindre. De toute façon, ça monte à peu près partout. Je suis tiré vers le haut et chahuté comme jamais je ne l’ai été. Je n’ai pas grand mérite à me retrouver au-dessus du début de la crête du Chat au bout d’une demi heure une heure. Plein de huit, beaucoup de thermiques enroulés. Je suis redescendu, remonté sans difficulté. J’étais déjà fier de moi : bien au-dessus de la crête du Chat cela veut dire autour de 1600 m ou 1700 m de haut, alors que le déco est à 1150 m. J’ai probablement du faire le plafond, c’est-à-dire arriver au plus haut possible dans les conditions météorologiques du jour sur un site donné. Je reste un certain temps à tenir au dessus de la crête, jusqu’à ce que je décide de m’aventurer de l’autre côté du lac d’Aiguebelette, vers le mont Grêle. Pour quelqu’un de plus expérimenté que moi et mes 50 vols, ce serait un cross classique. Pour quelqu’un qui ne l’a jamais fait…

Alors je passe le lac, jusqu’aux deux tiers. Je vois deux ailes bleues qui essaient des choses en chemin, qu’elles remontent sur un coin de falaise. Je m’y aventure aussi, ça ne rate pas, je reprends peut-être 100 ou 200 mètres ! Je joue pas mal dans ces thermiques jusqu’à ce que la soif se fasse sentir, je n’ai pas d’eau avec moi. Sagement, je remets le mont Grêle à une prochaine et je vise le terrain d’atterrissage. Je m’avance en vallée, je suis tellement haut que c’est le moment où jamais pour descendre en 3-6. Ces virages serrés à 360 degrés font perdre rapidement beaucoup d’altitude, 10 à 15 m par seconde selon comment vous y allez. Sensations fortes garanties. J’engage l’aile en 3-6 côté gauche, j’arrête au bout d’un tour. Petite pause, et j’engage l’aile en 3-6 à droite. Je fais peut-être 3 tours, et j’arrête la lessiveuse, il est temps de penser à l’approche et à se poser (j’aurai d’ailleurs mal au cœur plusieurs minutes après l’atterrissage).

Je pose le pied à quelques mètres de Fabrice, je sors mon téléphone : 16h17, j’ai fait un beau vol de deux heures.

lundi 21 avril 2014

C'est facile d'avoir du style

Églises et autres édifices religieux illustrent particulièrement bien la diversité stylistique du patrimoine architectural français. 1500 ans de constructions, du roman le plus austère au modernisme le plus audacieux (en passant par cette incomparable et kitschissime meringue boursoufflée de style éclectique qu’est le Sacré-Cœur de Montmartre) ont permis un riche développement dans tous les domaines : matériaux de construction, traitement des façades, ouvertures, toitures, ornementations, statuaire et plus largement décoration, mobilier intérieur.

Au cours de l’histoire, des courants ont pu prêcher une modestie ou une discrétion qui s’est parfois traduite dans l’architecture. Mais si on a construit, la plupart du temps, c’est bien pour que cela en jette.

Il existe évidemment des exceptions. À Lyon par exemple, Saint-Bonaventure ne présente au passant que la laideur de la juxtaposition de ses éléments disparates. On veut croire que le style qui ne ressemble à rien ne regroupe justement que des exceptions.

Devant le vaste ensemble à sa disposition, le visiteur est amusé par la variété de dénomination des styles (en particulier les qualificatifs ajoutés à roman et gothique) : roman bourguignon, poitevin, tardif, auvergnat, roman ajoutez-ici-le-gentilé-de-votre-région, gothique primitif, rayonnant, flamboyant, angevin, brabançon, troubadour, néogothique…

Je ne connais pas d’église de style paquebot mais je ne désespère pas, dans quelque sous-préfecture de bord de mer, d’en voir une un jour.

dimanche 10 novembre 2013

Pedibus

Revenant de Prague, je suis plus que jamais convaincu qu’une ville se découvre à pied.

De très grandes villes comme New York, Pékin ou Tokyo à pied, vraiment ? Sûrement pas, et c’est triste.

Parce qu’on rate à coup sûr l’à-côté, le moins ou le pas du tout touristique, l’endroit justement hors des sentiers battus, le truc sur lequel vous ne pouvez tomber qu’en prenant une rue imprévue, un chemin à gauche avec un bel hôpital de briques néogothique, alors que votre but est manifestement sur la droite.

À vélo peut-être ? Je pense qu’on peut en rater autant qu’en transport en commun. Une question de vitesse, probablement. Même si l’on perd à pied ou en transport la liberté de l’horaire qu’offre le vélo, je l’admets.

À Prague, pour aller à la citadelle de Vyšehrad, vous pouvez prendre le métro et vous y êtes en 5-10 minutes (trois stations depuis la vieille ville). Vous pouvez aussi descendre les quais de la Vtlava, avec de superbes bâtiments Art Nouveau tout le long du parcours (trois quarts d’heure de marche depuis la vieille ville). Vous pouvez aussi passer par la ville nouvelle, par le quartier universitaire et les hôpitaux (une heure de balade). Amateurs d’architecture, d’impasses et de coins désaffectés, n’hésitez pas ! Et les jeunes étudiants praguois sont avenants.

À l’écart, dans les effluves réelles des villes. Deux exemples à Paris : il faut se perdre dans le marais et compter les hôtels particuliers du grand siècle, les discrets, passer deux secondes les portes cochères ouvertes et admirer les cours intérieures cachées ; il faut chercher les maisons avec jardin (sûrement hors de prix) du treizième, à deux pas de la rue de Tolbiac. À Venise, un pas de côté : vous êtes immédiatement dans des multitudes de calli sans personne. De quoi respirer le croupi de tous ces petits canaux mystérieux, et poser les yeux sur des palais qui ne le sont pas moins. À Londres Chelsea, Holland park, Hampstead… sont des quartiers charmants plus ou moins excentrés : je ne suis pas un extrémiste du pied non plus, il m’arrive de prendre le bus pour m’y rendre (tellement plus chouette, et moins cher, que le métro). Je constate en chemin ce que je rate pour mieux revenir.

vendredi 6 septembre 2013

In vino veritas

Certain jour de juin, d’aucuns diraient d’août, le front brillant et la goutte de sueur y perlant (c’est qu’il fait déjà 35°C par ici, en cette saison), vous passez Séguret, un des plus beaux villages de France, et vous dirigez vers le Mont Ventoux. Séguret : ses calades, ses maisons de pierres empilées et sa vue magnifique jusqu’à la vallée du Rhône et aux monts de l’Ardèche. Baste, ce n’est pas l’objet.

Vous arrivez au domaine Mourchon. On ne fait usuellement pas de publicité sur ce blog, où l’on s’intéresse (faut-il le rappeler) aux seules choses de l’esprit, de celles qui élèvent, qui… Mourchon c’est du vin, du Séguret, un côtes-du-rhône villages exactement. Le vin y mature dans des fûts en béton, c’est très majestueux quand vous entrez, et puis vous connaissez mon goût pour ce matériau. Vous accueille M. McKinlay (du clan McKinlay ? J’aurais orthographié ça McKinley, moi, comme le point culminant des États-Unis qui comme chacun sait se trouve en Alaska, mais je m’égare), la soixantaine grisonnante et rougeaude, que vous supposez d’emblée bon vivant.

Son comptoir est circulaire ; une douzaine de bouteilles l’entoure, il est retranché comme un soldat de la première guerre mondiale. Il vous fait goûter ses différentes créations les unes après les autres. Il a le charme britannique, l’œil pétillant du connaisseur, de l’artisan sûr de son œuvre. Mon beau-père essaie de lui glisser quelques mots d’anglais ; M. McKinlay n’en a que faire, répond malicieusement en français, qu’il a doux et arrondi. Pour tout dire l’homme et son accent sont délicieux.

Les bouteilles passent, dans l’ordre de complexité aromatique et de degré d’alcool. Fabrice et moi en goutons trois ou quatre, nous modérons pour ne pas abuser ni nous soûler. Le beau-père taille toujours le bout de gras avec M. McKinlay, qui reste d’une patience monolithique. Le beau-père a bu nettement plus de verres que nous, me semble-t-il. Il arrive à la grande cuvée, la grande réserve, le summum, appelez ça comme vous voulez, je ne me souviens plus de l’intitulé de la bouteille la meilleure et la plus chère à la vente.

Ah oui, 16,5° tout de même, lâche le beau-père, déjà un peu attaqué. Après un temps de réflexion, son vis-à-vis a répliqué, sur le ton de l’évidence, et du même accent si sympathique : Ce qui compte, ce n’est pas le degré d’alcool, c’est la structure !

Nous quittâmes le domaine heureux, pleins de sagesse viticole.

mercredi 19 juin 2013

Simon Hantaï au Centre Georges Pompidou

À quelque chose malheur est bon. Cette expression ne veut pas dire grand chose, et pourtant c’est bien le moment ou jamais de l’employer. Ma journée de mardi aura principalement consisté à patienter affalé sur un canapé en simili cuir, pour ne pas gagner à un jeu télévisé.

Alors que faire ? Filer au Centre Georges Pompidou !

Les collections permanentes sont toujours aussi impressionnantes. L’une des expositions temporaires est une rétrospective de l’œuvre du peintre français Simon Hantaï (1922-2008). Elle est remarquable, et je suggère à tout amoureux de la peinture, de la couleur, de s’y ruer.

Hantaï a eu plusieurs périodes. Une période surréaliste dans sa jeunesse, plutôt noire, pleine de symboles et de bibelots ; je n’aime pas cette peinture, je suis mal placé pour en parler en bien. (Je vous donnerais tout De Chirico, tout Dali et tout Magritte pour, disons, un ou deux Rothko.)

Les périodes suivantes, surtout celle des pliages, ont révélé son style, qui l’a conduit à produire de grandes choses émouvantes. Le peintre pliait donc la toile, la nouait à intervalles réguliers, et jetait ses peintures acryliques dans les creux restants. Ça a donné les Mariales, pleines de feuilles du tissu de la toile non peinte au milieu de rouges, de bleus puissants, de beiges brique. Cela rayonne, on dirait des vitraux. Puis vinrent les Meuns, du nom du village où le peintre à habité en région parisienne, suivis des Études et des Tabula. Ces grands formats à l’apparence de simplicité sont saisissants, magnétiques : ils vous scotchent. On a du mal à décrocher le regard de ses subtils quadrillages de couleur griffés de blanc, de leur régularité rompue par le détail des emplacements vierges des nœuds pratiqués par le peintre, ou des pans qu’il aura repliés dans les Meuns, et qui font ressembler ces œuvres à des pensées (la fleur) ou des géraniums stylisés géants.

Les presque trente dernières années de sa vie, tel Sibelius reclus dans sa campagne, le peintre n’a plus peint ou presque. Il a même découpé les Tabula gigantesques par leur taille et qui avaient fait son succès à Bordeaux, au début des années 1980. Ultime geste artistique censé se rapprocher des découpages-collages de la fin de la vie de Matisse, qu’Hantaï admirait ? Moments d’incertitude sur l’œuvre créée et déjà prisée par le public ?

Jetez un coup d’œil sur Google images pour avoir une idée d’à quoi ressemble la débauche de formes et de teintes qu’ont les grandes toiles d’Hantaï, dans sa maturité. L’émotion des vraies est à portée de main, jusqu’à fin septembre au Centre Georges Pompidou.

lundi 8 avril 2013

Vienne

Difficile de parler d’une ville célèbre sans tomber dans l’anecdote. Le mieux serait sûrement de s’abstenir ; le bonheur qu’on a pu avoir l’emporte et fait dire deux mots.

Vienne est une capitale où, comme à Londres ou à Paris, on se verrait bien vivre tellement le quotidien et les plaisirs peuvent sembler divers. Cette sensation peut paraitre artificielle : en tant que touriste, on ne vit bien sûr pas en habitant et on a une vision très partielle d’un lieu, a fortiori si c’est la première fois qu’on y vient. Il n’empêche : une ville, on la sent ou on la déteste. L’architecture, les gens qu’on croise (fût-ce fugitivement un garçon de café ou la vendeuse d’une boulangerie), les parcs, l’ambiance plaisent ou débectent assez rapidement. Quand on ajoute des musées à revendre, des orchestres, même si on ne les a pas entendus, des palais, même si on ne met pas forcément les pieds dans tous ; pour résumer l’art de vivre et la culture, tout ne pousse qu’à une chose : revenir.

lundi 11 février 2013

A faire avant 30 ans

A 16 ou 17 ans, j’avais écrit un poème dont le titre était A faire avant 30 ans. J’y listai quelques choses et d’autres plus ou moins réalistes, et vous avez bien de la chance que je ne me souvienne que du titre. (A ce propos, pourvu que ma mère ne retrouve jamais de poèmes de jeunesse au fond d’un carton ; j’en ai jeté beaucoup ; j’espère en avoir jeté assez, sait-on jamais.)

A faire avant 30 ans, quelle drôle d’idée. Si j’ai un jour, je ne sais pas, 80 ans, je suis persuadé que j’aurais alors de toute façon toujours l’impression d’en avoir encore 20. Le temps passe, on prend, on fait les choses comme elles viennent, sans trop de préméditation, et c’est finalement très bien comme ça. Je n’aurai probablement jamais lu les Collected poems de Derek Walcott ou le Don Quichotte de Cervantes ; il y a peu de chances que je change radicalement de boulot ou que je publie jamais un livre. Doit-on avoir pour autant des regrets plus fondamentaux concernant les choix qu’on ne fait pas, à tant de moments de la vie, ou sur des limitations personnelles ? Plus je vieillis et moins je le pense.

Il faut dire que j’ai la chance de l’avoir belle, la vie ; de bien la gagner, et d’une façon que je juge intéressante ; de me permettre raisonnablement les loisirs et distractions que je souhaite avoir, ce qui agrémente le quotidien ; d’être entouré d’une petite famille, de quelques bons amis, de quelqu’un que j’aime, ce qui le rend plus heureux encore. Le seul vrai hic dans tout cela est que je ne vois pas bien pourquoi elle devrait s’arrêter un jour, la vie, mais on touche à des questionnements que je remets à plus tard.

Au plus tard possible, si vous voulez bien, car ces idées-là pour l’instant s’envolent comme le brouillard qui fuit on ne sait où avec le jour qui se lève sur le Rhône, les matins d’hiver. Car à 30 ans, on a bel et bien toujours l’impression d’en avoir 20.

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