Alençon

 

Où l'auteur déploie à plaisir son style de notaire.

Alençon ne nous a pas déçus en portant haut les atours de la sous-préfectoralité la plus décomplexée.

Au printemps, je préparais un tour en Normandie et calais judicieusement notre passage à Alençon le 14 juillet. Un lundi. C'est la préfecture, forcément tant soit peu vivante même un lundi (fût-il férié) ; et puis c'est l'été : tout le monde veut des touristes dans sa ville. Nous arrivons vers 15h, un petit concert d'orgue est prévu dans la basilique un peu plus tard – j'y reviendrai. Tout est fermé, comme attendu, le centre commerçant a connu heures plus glorieuses : de nombreux locaux sont vides. La radio est diffusée dans les rues, accentuant l'impression de ville endormie, si peu de passants se pressant pour l'écouter.

Le peu de patrimoine d'Alençon, les maisons à pans de bois, le château, l'ancienne halle aux grains, la mairie, la basilique (avec son admirable buffet d'orgue renaissance), est bien entretenu et se laisse admirer par un de ces parcours piétons comme seules les villes de carrure sous-préfectorale proposent. Autre atout de la ville : le musée des beaux-arts et de la dentelle, deux belles collections et une découverte pour moi.

La bourgeoisie plutôt âgée d'Alençon et vos deux serviteurs de passage se pressent maintenant dans la basilique pour le concert d'orgue. Programme à thématique révolutionnaire, 14-Juillet oblige. L'organiste, la bonne soixante-dizaine, est dans un mauvais jour ou n'a peut-être pas beaucoup répété son programme : son heure d'orgue est émaillée de pains et d'accrocs. À la sortie du concert, on cherche où boire une bière puis dîner. C'est légèrement angoissant, mais qui voudrait prendre la route pour aller ailleurs ? On se trouve déjà dans la plus grande ville de l'Orne.

On trouve vite la seule brasserie ouverte. Nous sommes rejoints à la table voisine par l'organiste et les organisateurs du petit festival d'orgue. On assiste alors à un deuxième concert, de potins et ragots celui-là, sur les solistes en vue, leurs petits travers, les professeurs de conservatoire d'extrême droite, les églises où il est difficile d'accéder à la console lorsque l'on est enveloppé, etc. L'organiste revient sur un moment de son concert de l'après-midi où il s'est complètement perdu, vantard : « Je me suis rétamé dans la fugue ! [pas que dans la fugue, ndlr] Oh là là, comment j'allais me sortir de là... Ce fut une Toccata et fugue en ratage majeur ! Heureusement que j'ai un peu de métier. » On a repensé à Sens et aux délices banales de province.